Histoire des sourds

BUTS :

  1. Mieux comprendre la situation actuelle : la LSF, l’Oralisme, la communauté sourde
  2. Peut-être plus tard, enseigner l’Histoire des Sourds, aux sourds mais aussi aux entendants

 

I - Du 12ème siècle av. J.C. au 16ème après J.C.

a- du 12ème av JC aux premiers siècles après J.C.

Les sourds ont toujours été présents dans le passé :

  1. La présence des sourds est signalée dès le 12ème siècle avant J.C dans l’ancien testament
  2. Les sourds ont toujours utilisé un langage gestuel : PLATON (philosophe grec) écrit que les sourds communiquent par gestes.

    b-
    jusqu’au 12ème siècle après J.C.
  1. Les sourds ne savent pas parler
  2. Ils ne sont pas éduqués, ne savent ni lire ni écrire
  3. Ils ne sont pas reconnus comme des personnes responsables :
    -Ils ne peuvent pas disposer librement de leurs biens : acheter, vendre, hériter, léguer par testament
    -Ils sont sous contrôle de tuteurs
  4. Les sourds ne peuvent pas se marier


    c-du 12ème au 17ème
  1. Au 12ème siècle : le pape autorise le mariage des sourds même s’ils ne savent pas parler. Il suffit qu’ils disent « oui » par signe. Ce sont des mariages sourds /entendants
  2. Au 16ème siècle l’éducation des sourds commence à se développer : en Espagne  Pedro PONCE réussit à faire parler quelques sourds de familles nobles.
  3. Au 17ème : en 1620 un autre espagnol Pablo BONET écrit le 1er livre sur l’éducation des sourds. On y trouve un alphabet manuel. La recherche sur l’éducation des sourds se  développe en Europe. La France est en retard. En 1679 le premier testament d’un sourd et muet écrit par lui-même est reconnu valable par le parlement.

 

II- Le 18ème siècle : un tournant.

    a-Les premiers pas
    1. Au début du 18ème à Amiens : première école pour sourds  créée par Etienne de FAY d’origine noble et sourd lui même éduqué par les moines, il enseigne par signes. A sa mort l’école disparaît.
    2. 1779 à Paris, Pierre DESLOGES écrit un livre ; « Observations d’un sourd-muet » c’est le premier livre fait par un sourd.

    b
    -L’Abbé de l’ÉPÉE (1712-1789)
    1. Il rencontre 2 sœurs jumelles sourdes-muettes et s’occupe de les instruire.
    2. Il transforme sa maison en école
    3. Il utilise les signes dans son enseignement
    4. Il a jusqu’à 70 élèves
    5. Son enseignement est gratuit (il prend les frais des pauvres à sa charge)
    6. Il enseigne le français à l’aide des « signes méthodiques »
    7. Sa méthode n’est pas secrète. Il forme d’autres professeurs de sourds (entendants) qui sont venus de toute le France et de nombreux pays d’Europe.
    c-L’Abbé SICARD
    1. C’est le premier directeur de l’Institution Nationale de Paris après la mort de l’Abbé de l’Epée
    2. 2 de ses élèves seront professeurs de sourds : Massieu et Laurent Clerc
    d-La Révolution
    1. Au moment de la révolution  il y a 3 écoles de sourds en France : Paris, Angers et Bordeaux
    2. Le gouvernement prend en charge l’école de l’Abbé de l’Epée
    3. L’Ecole est transférée dans un autre bâtiment, puis rue Saint-Jacques
    4. Le nom de l’abbé de l’Epée est placé parmi ceux des citoyens « qui ont bien mérité de la patrie et de l’humanité ».



III - Le 19ème siècle : Evolution et Congrès de Milan.

    a-de 1815 à 1825
    1. En 1815, Thomas Gallaudet pasteur américain emmène Laurent Gallaudet aux Etats Unis et fondent la première école de sourds américaine. Les « signes méthodiques » sont exportés en Amérique
    2. Vers 1825 on estime que la méthode de l’Abbé de l’Epée pose des problèmes pédagogiques. On l’abandonne et la L.S.F. ( Langue des Signe Française)  devient la langue d’enseignement.
    3. Il y a de nombreux professeurs sourds

 

    b-de 1825 à 1880
    -Le milieu du 19ème est une période riche de l’histoire des sourds français : il y a des   artistes, écrivains, poètes sourds.

    On fait des recherches sur la L.S.F. (surtout par des entendants) :

    . Bebian cherche une écriture de la Langue des Signes
    . L’Abbé Lambert et Joséphine Brouland publient des répertoires de signes
    . Rémi Valade fait une étude de la grammaire de la L.S.F. (1854)

    Jusqu’en 1850 environ, dans les écoles, l’enseignement se fait en L.S.F.

    Après 1850, certaines écoles adoptent la méthode orale qui est déjà répandue en Europe (Allemagne, Italie… )

    Aux Etats-Unis, on emploie la méthode combinée : signes +  paroles

    En 1864, inauguration de la fameuse UNIVERSITE GALLAUDET de Washington D.C ; c’est la seule université au monde pour les sourds. Toutes les classes sociales sont représentées ainsi que les possibilités d’apprendre tous les métiers.

 

    c) Le congrès de Milan

    En 1880, un congrès international de professeurs de l’enseignement des sourds, réunit à Milan décide :

    l’adoption de la méthode orale pure

    l’exclusion des signes de l’enseignement

    Les délégués sont tous entendants, avec 1 seul sourd. Il y a 164 votants dont 87 italiens, 56 Français et seulement 5 Américains. Ces derniers représentent plus de 6000 élèves, soit plus que les 159 autres délégués réunis.

 

IV – de 1880 à 1970

   L’Après Milan

1ère conséquence : toutes les écoles françaises adoptent la méthode orale. Aujourd’hui l’oralisme est encore la règle générale en France, même si la L.S.F. n’est plus  exclue de l’enseignement. Le retour à l’oralisme  s’effectua en remontant de classe en classe. Les instructions ministérielles stipulaient : « il sera indispensable que ceux qui en bénéficient  soient séparés des autres. A la suite des départs des derniers élèves instruits par « la mimique » en 1887, les professeurs sourds furent remerciés et se retrouvèrent alors sans emploi.

2ème conséquence :
Le message de l’interdiction de la langue des signes fut transmis aux générations qui suivirent. Les gestes étaient  dévalorisés, considérés comme une pratique ancienne, insuffisante et régressive, empêchant d’apprendre la parole. Les enfants avaient ainsi les idées faussées :

    1. Certains étaient convaincus que s’ils arrivaient à bien parler, ils finiraient par devenir entendants
    2. D’autres croyaient qu’ils allaient mourir avant l’âge adulte s’ils n’y arrivaient pas (car tous les adultes qu’ils voyaient entendaient et parlaient).

Les enfants très à l’aise entre eux, avaient honte et se sentaient coupables  lorsqu’ils se trouvaient en classe et à la maison devant le mur de la parole pure.
D’où certains comportements caractériels et problèmes psychologiques graves.

Aux Etats Unis : L’enseignement se fait toujours par la méthode combinée. En 1864 « Le collège national des Sourds » est fondé à Washington par M. GALLAUDET.n de la LSF pour l’éducation des enfants sourds.

 

Les réactions

      Les sourds sont très actifs :
                       

  1. Ils militent pour faire reconnaître leurs droits
  2. Ils continuent la pratique de la LSF chez eux ou en comités
  3. Ils organisent des congrès internationaux à Paris (1900,1912…)
  4. Ils créent de nombreux journaux
  5. Ils fondent des associations
  6. Ils ont de fréquents échanges internationaux

Mais petit à petit, ils s’endorment !!!

Après les années 50

La majorité des sourds en France étaient massivement et gravement sous-éduqués et quittaient l’école avec un niveau de français très bas.
Dans la plupart des cas ils avaient un CAP qui leur permettaient de gagner leur vie avec un métier manuel.
Les tâches les plus ingrates leur étaient réservées.

 

VI – depuis 1970
  
Quelques dates :

Les années 1970-1980

1971 :  6ème congrès de la F.M.S ( Fédération Mondiale des Sourds) à Paris : prise de conscience de la richesse  et de l’efficacité des traductions simultanées.
Echanges internationaux

1973 : Constitution de l’UNISDA (Union Nationale pour l’Intégration Sociale des Déficients Auditifs pour représenter l’ensemble des organisations de sourds

1975 :    Ier Journal télévisé pour les sourds
Congrès de la F.M.S. à Washington. Les français découvrent  le développement social et intellectuel des communautés sourdes américaines.

1976 :  Bernard MOTTEZ  et Harry MARKOWICZ créent un observatoire linguistique (pour l’étude de la L.S.F. à Washington
          Alfredo CORRADO artiste sourd américain et Jean GREMION metteur en scène français créent l’IVT (International Visual Théatre) dirigé actuellement par Emmanuelle LABORIT

1977 :  Parution de « Coup d’Oeil » bulletin mensuel qui donnait des informations sur les langues des signes de toutes origines.
           Le ministère de la Santé abroge l’interdit  qui pèse sur la langue des signes
           Premiers cours de L.S.F.

1978 :   Tournée en province de Harry MARKOWICZ
            Création de l’A.L.S.F. ( Académie Langue des Signes Française)
            1er stage au Gallaudet Collège à Washington

Les années 1980-2006

1980   Fondation de 2 L.P.E.
          1er stage de Parents à St Laurent-en-Royans
          Création de l’ANFIDA ( Association Nationale Française d’Interprètes pour Déficients Auditifs)
          Congrès de Dourdan – organisé par l’A.L.S.F.

1982     1er congrès national de l’éducation bilingue de l’enfant sourd à Toulouse
            Dictionnaire de Poitiers : « les mains qui parlent »

1983    Parution de « Vivre Ensemble »
           Divers ouvrages sur la langue des signes

1984    L’association 2 L.P.E ouvre les premières classes bilingues à Poitiers et à Châlon

1986    1ère Marche sur Paris (1er Février) organisée par le Mouvement des Sourds

1991   La loi Fabius est votée par l’Assemblée Nationale : acceptation de l’utilisation de la LSF pour l’éducation des enfants sourds.

2005    Loi du 11 Février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Dans le recueil des principaux articles pouvant se référer à la surdité joint en annexe on notera plus particulièrement les points suivant :
                   - L’information destinée au public dit être diffusée par des moyens adaptés à l’handicap.
              - la Langue des Signes Française est reconnue  comme une langue à part entière. Tout élève doit pouvoir recevoir un enseignement de la LSF. Elle peut être choisie comme épreuve optionnelle aux examens et concours, y compris ceux de la formation professionnelle.






 

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